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REGISTRES DU BUREAU
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[i 563]
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pitaines du quartier qui y ont faict tel debvoir que, grace à Dieu, led. Bouland ny sa famille, ny biens ny papiers n'ont eu aulcun dommaige.
Il est vray que à l'heure de la furye du peuple qu'il vict en la rue Sainct Anthoine le dommaige des maisons abalues, s'adressèrent à deux ou troys que l'on disoict estre de la nouvelle relligion qu'ilz Irouverent par les rues, dont l'ung estoict à cheval, qu'ilz tuerent.
Et ainsi que mond. sr le mareschal de Brissac s'en retournoit en son logis, le peuple tenoyt ung homme que l'on dict estre l'un des mortepayes de la Bastille, quc l'on voulloict aussi tuer, mais pour la reverance qu'ilz eurent dud. seigneur mareschal, luy laisserent et l'enmena en son logis, lequel mortepayes a esté depuis trouvé chargé par une information faitte par monsieur le Lieutenant civil de ce qu'il avoit dict, ce voyant prins par ung quiden, qu'il dict que pour Dieu l'on luy saulvast la vye, et que ce n'avoyt esté luy qui avoict mis le feu ausd, pouldres, mais qu'il avoict ayde à faire la trainée, lequel mortepayes est de present prisonnier en Chastellet, et lequel l'on doubte avoir dict ces motz pour se saulver de la furye du peuple.
Peu après lad. fortune ariva monseigneur le mareschal de Montmorency, Gouverneur de lad. Ville, qui venoict d'acompaigner madame la Connestable, et vint en dilligence aud lieu <J); là où ordonna ce qui luy sembla estre necessaire lant pour la conservation des munitions que pour eviter la furye du peuple et sédition qui eust peu advenir, là où assista avecq ses gens, lequel seigneur mareschal pourra rendre bon tesmoignaige du debvoir qui y a esté faict.
Le mesme jour au soir, fut commencé à saulver les salpestres, dont en a esté saulvé environ qua-
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rente milliers; il a esté perdu environ quinze ou vingt milliers de pouldre; quant au souffre, il a esté saulvé et s'en est peu gasté.
Il y est mort trente deux personnes, dont xxi hommes qui besongnoient ausd, pouldre, desquelz y en eust qui furent enlevez en l'air, bras et jambes par piece; deux serviteurs domesticques de monsieur le commissaire de Raconys'2' et son facteur nommé Guillaume, et deux marchans qui y estoient allez, ausquelz on comptoict argent pour du boys qu'ilz avoyent vendu, qui sont vingt six personnes, plus deux cyeurs d'aiz et quatre enfans; et oultre cela y a environ trente personnes blessez avecq le serviteur dud. advocat Boucherat, lequel est depuis mort en la maison de son maistre.
Quant aux maisons, il y a environ xxxv maisons, dont la pluspart du tout endommaigez, et les aultres ruynées par le hault'3).
Oultre cela y a lad. grange, en laquelle se faisoient lesd, pouldres, qui est du tout desmolye, et y a troys moulins qui ne sont beaucoup endommagés, mais les quatre aultres sont du tout abatuz.
Plus y a seize chevaulx qui ont esté tués, et autres menues pertes qui seroyent longues à escripre.
La pluspart des verryeres de l'esglise et maison des Celestins, de Sainct Paul'4' et de la pluspart des maisons de la rue Sainct Anthoine ont esté cassées et fenestres rompues. J'ay oublié à dire qu'il y a des pieces de boys qui volloyent en l'air, dont aulcunes ont traversé le fossé, et autres qui ont esté trouvées fichées en terre, qui est chose admirable.
Et depuis le temps s'est thué troys personnes, dont deux hommes et une femme, qui estoient con-gneuz pour estre factieux de la nouvelle relligion et qu'ilz tenoyent quelque propos scandaleux, et ne se trouverra aultre dommaige digne d'en estre parlé'5'.
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O Le maréchal de Montmorency était au Bourget, occupé avce ses oiseaux, lorsqu'arriva l'explosion de l'Arsenal; sen pou d'espace do temps lo vent rapporta la senteur de la pouldre jusques audict lieu». Il so hâta de monter à cheval et de venir droit à l'Arsenal, où il trouva "la commune toute esmue, pour ce qu'elle pensoyt l'inconvénient advenu par malice, combien que ce fut par meschef seulement». Le maréchal de Montmorency, qui raconte cotte catastrophe dans une lettre adressée le 3i janvier, à la Connétable, sa mère, dit que la perte des poudres se montait tout au plus à 2,000 francs, mais que les granges et greniers furent complètement ruinés. (Lettres de Catherine de Médicis, t. 1, p. 4 91.)
'2) François de Raconys, trésorier des guerres.
(3) D'après les Mémoires du prince de Condé (p. 697), 1° plupart des maisons voisines des greniers à poudre, près de la Bastille et do l'Arsenal, furent aminées et mises par terre, et les gens qui y estoient tués».
(-) Suivant les mêmes Mémoires, les dommages éprouvés par l'église Saint-Paul et celle des Célestins se montèrent bien au chiffre de 12,000 livres. La commotion fut si forte que cla tempesto qui advint desdites pouldres s'estendit jusques au cloistre de Paris, où il y eust grand dommage en plusieurs maisons, speciallement aux vitres de l'eglise de Paris».
'5) A la date du 3 février, le Parlement voulant obvier aux meurtres et homicides qui se commettaient à Paris -contre tout ordre ot forme de justice», après avoir pris l'avis des officiers du Châtelet et de l'Échevinage, interdit toutes violences et voies de fait, enjoignant aux capitaines d'avoir toujours dans chaque corps de garde six hommes armés pour appréhender les fauteurs de
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